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 Rosebud [Esther]

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✽ MESSAGES : 16
❈ ARRIVÉE : 14/02/2011

❈ LOCALISATION : In the past



MessageSujet: Rosebud [Esther]   Sam 19 Fév 2011 - 23:32

Central Park, vendredi, dix-huit heures. Sur les chemins terreux, les joggeurs du week-end. Jeunes cadres dynamiques, quarantenaires cherchant une nouvelle jeunesse, femmes athlétiques ou adolescentes cédant à la mode des steps, tout le gratin anonyme de New York se retrouve ici. Et puis, plus timides, presque honteux sous les arbres, les familles, les jeunes enfants voire les nounous déballent leur pique-nique. Le monde a beau avoir changé, Central Park reste le même. Et pourtant, l’air est différent. Plus pur, plus blanc, aussi innocent que les conversations de ses habitués le sont peu.

Tout en courant, j’écoute parler Mark et Harry, Jeanne et Cindy, Maman Mary et fiston John. Au sujet, l’augmentation du prix des Haddocks et l’élimination du seul concurrent sérieux de notre cher Maire. Les ragots vont bon train. La plupart voient en lui le criminel diabolique, cherchant à détruire la sécurité nationale dans le seul but de s’enrichir grassement des larmes de nos enfants, d’autres trouvent quand même curieux que cette histoire soit arrivée aussi près des votes. Sûrement que Julian était une victime malheureuse et intègre de l’Opposition et qu’il faudrait presque voter pour lui à titre posthume. Les premiers parlent forts, les seconds chuchotent, comme effrayés par leurs paroles pourtant totalement permises. Je m’arrête pour respirer et regarde autour de moi, les mains sur les cuisses. Où est passée Rosebud.

Rose, c’est un petit berger suisse que je me suis offert il y a deux jours. Elle est blanche, bien sur parce que pas vraiment innocente mais je l’apprécie beaucoup. Sauf qu’elle est encore incapable de se tenir correctement. Pendant mon footing, elle n’a pas cessé de me tourner autour, de chercher une proie, de vivre sa vie de chiot. Elle représente mon innocence que l’on m’a volé. Cette spontanéité qui me manque. C’est pour cela surtout qu’elle est blanche. Comme moi, elle n’est pas du tout ce qu’il paraît. Et là tout de suite, elle est surtout perdue.


« Rosebud ! »

Et me voila à appeler mon chien comme un idiot. Evidemment elle ne répond pas, elle est trop jeune. Néanmoins mon labrador avait mit quatre ans avant de se décider à obéir. J’ose espérer que Rose sera plus précoce mais je ne suis pas naïf au point de croire que deux jours suffisent.

« Rosebud. »

Je m’allume une cigarette et souffle ma frustration face au monde. Stupide chien. Je prends une autre bouffée et reprend mon indifférence habituelle. Une inspiration sans caféine et hop, un long sifflet pour appeler ma belle. Malheureusement, comme toujours, juste au passage d’une jeune blonde. Je laisse échapper un soupir.

« Excusez-moi Mademoiselle, je cherche mon chien, vous ne l’auriez pas vu ? Un berger blanc d’à peu près cette taille. » je laisse tomber ma main environs à mi-mollet. « Elle a un collier blanc et répond au nom de Rosebud..»


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❈ LOCALISATION : Brooklyn



MessageSujet: Re: Rosebud [Esther]   Sam 5 Mar 2011 - 14:54

Esther s’étira, et sourit. D’un geste rapide, elle ajusta sa montre, s’efforça d’assouplir ses chevilles en deux ou trois cercles et attendit qu’un groupe de jeunes mères se soient un peu éloignées pour commencer son jogging. Courir avec ces femmes étaient un calvaire. Ça ne parlait que couche, biberons, nuits de trois heures ou première dent. Peut être que si elles passaient moins de temps à trottiner entre copines, leurs bébés seraient moins seuls et pleureraient moins. Elle avait tenté une fois de se joindre à un groupe, et elle avait fini son jogging en vingt minutes, lassée. Elle n’était pas là pour discuter chiffon, elle était là pour courir, nettoyer son corps et compenser un peu pour toute la pollution qu’elle inhalait en permanence. Parce que c’était bien connu, la pollution et Central Park, c’était comme Tchernobyl et la France. Enfin, les arbres offraient en tout cas un décor plutôt agréable, et il valait mieux être seule pour profiter de tout ça.

Central Park pour courir, c’était le mieux. Pas que crapahuter sur les trottoirs de Brooklyn pour un jogging matinal était désagréable, mais là, elle sentait la coupure. Elle était là au moins jusqu’à dix-neuf heures trente, ramènerait une pizza de chez Mama’s pour s’écrouler avec Rochelle devant un bon film, comme tous les vendredis où elle avait la chance de ne pas être d’astreinte. C’était à ça que servait le jogging du vendredi soir. A préparer son corps pour tout ce qu’elle allait avaler dans la nuit, collée contre sa sœur devant une vieille comédie à la French Kiss. Du coup elle courait, habituée et souple, zigzaguant entre les ballons et les poussettes parce qu’enfants et jeunes mères avaient une conception du partage des allées particulière.

Accélérant, elle doubla un groupe d’hommes, le genre cadre qui se veut dynamique mais qui fait passer un cent mètres pour une course de fond. Pourquoi le jogging était-il autant à la mode ? Ils n’auraient pas pu se mettre au javelot, ou à la corde à sauter ? Les coureurs du dimanche ne passeraient pas leur temps à ralentir ceux qui tentaient juste de faire un peu de sport. S’ils ne couraient que le dimanche au moins, tout le monde saurait que ce jour était à éviter pour se dégourdir les jambes et voilà.

Une boule de poils blancs déboula juste devant elle, et Esther pila, s’accroupissant pour caresser la bestiole, sous les grondements indignés des autres coureurs qui, comme elle cinq secondes auparavant, devaient pester contre cette fille qui prenait la course à la légère et était plus intéressée par les petits chatons, les petits chiots et les nœuds tout roses. Le temps d’une ou deux caresses et la petite chienne se détourna en trottinant pour aller s’enfoncer dans un bosquet, laissant Esther reprendre sa course. Il ne fallut pas deux minutes pour qu’elle s’arrête encore.

On l’avait sifflé. Un type, Dieu savait qui, l’avait prise pour une proie potentielle. C’était quoi leur délire à tous hein ? C’était comme un lévrier avec un lièvre mécanique ? Dès qu’ils voyaient une fille, ils ressentaient le besoin animal de courir après elle ? Tant qu’ils ne lui sentaient pas le derrière… Elle fit volte face, et sa phrase s’éteignit en silence, pendant que l’homme s’excusait déjà et se perdait en explications pour avoir un peu d’aide. Socrates. Forcément. Elle qui évitait de trop se lier avec les autres révolutionnaires, elle ne pouvait pas faire un pas sans tomber sur celui là.


« Bonjour doc. »

Doc, c’était toujours mieux que donner un nom de code à un type croisé dans un parc. Franchement, est ce que beaucoup de monde se nommait Socrates ? Une chienne blanche, mh ? Dans un film à la French Kiss, ça aurait été un signe, la petite chienne serait revenue se jeter dans les bras d’Esther et ils se seraient embrassés pendant une éternité. Esther et Nolan, pas Esther et la boule de poils. Mais ce n’était pas un film et surtout, le psychiatre était vieux. Et psychiatre.

Un sourire, et elle abandonna totalement l’idée de finir son jogging tranquille. Et si elle l’aidait à trouver son chien, il ferait sauter une séance ?


« Une toute petite avec des poils longs ? J’ai pas vu le collier mais en même temps, blanc sur blanc… par contre, il y a une petite chienne comme ça qui est passée dans les buissons là bas. Je vous aide à la trouver ? »
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Rosebud [Esther]

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